Les premiers Capétiens
D'Hugues Capet à Philippe Ier : les premiers Capétiens établissent leur dynastie malgré un pouvoir limité à l'Île-de-France, posant les bases du futur royaume de France.
Les premiers Capétiens (987-1108) représentent la phase d'établissement de la nouvelle dynastie sur le trône de France. Hugues Capet, élu roi en 987, inaugure une lignée qui régnera sans interruption pendant plus de trois siècles jusqu'à Charles IV en 1328, puis par ses branches cadettes (Valois, Bourbons) jusqu'à la Révolution.
Cette période est paradoxale : si les Capétiens sont rois de France, leur pouvoir réel se limite au domaine royal, un territoire réduit autour de Paris et d'Orléans. Les grands feudataires (ducs de Normandie, d'Aquitaine, de Bourgogne, comtes de Flandre, de Champagne) sont souvent plus puissants que leur suzerain.
La survie de la dynastie tient à plusieurs facteurs : la sacralité du roi, oint par l'Église ; la continuité dynastique assurée par l'association du fils aîné au trône du vivant du père ; et une politique prudente, évitant les conflits directs avec les grands vassaux.
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Hugues Capet, fondateur de la dynastie
Hugues Capet (vers 941-996) est élu roi des Francs en 987 par l'assemblée des grands du royaume, à la mort du dernier Carolingien Louis V. Duc de France, comte de Paris et d'Orléans, abbé laïc de plusieurs monastères, Hugues est le descendant d'une puissante famille, les Robertiens, qui a déjà donné deux rois à la Francie occidentale.
L'élection d'Hugues Capet n'est pas une révolution. La légitimité carolingienne est épuisée, et les grands préfèrent un roi faible qu'ils peuvent contrôler plutôt qu'un souverain puissant. Hugues est choisi parce qu'il est le plus grand des seigneurs, mais aussi le moins menaçant.
Dès son élection, Hugues associe son fils Robert au trône en le faisant sacrer à Noël 987. Cette pratique de l'association au trône sera systématiquement appliquée par les premiers Capétiens, assurant la continuité dynastique et évitant les élections aléatoires.
Le règne d'Hugues Capet est court et modeste. Son pouvoir réel se limite au domaine royal, et il doit composer avec les grands feudataires. Mais il pose les fondations de la dynastie : le sacre confère au roi une légitimité sacrée, et la succession de père en fils devient la norme.
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Robert II et Henri Ier
Robert II le Pieux (996-1031) succède à son père Hugues Capet. Surnommé « le Pieux » pour sa dévotion, Robert est un roi cultivé, ami des lettrés, qui compose des hymnes religieux. Son règne est marqué par des conflits avec l'Église, notamment pour des questions matrimoniales.
Robert II réussit à annexer le duché de Bourgogne au domaine royal (1002), mais ce gain sera éphémère. Son règne voit également les premières hérésies populaires en Occident, sévèrement réprimées. En 1027, il associe son fils Henri au trône.
Henri Ier (1031-1060) règne dans une période troublée. La Bourgogne est perdue au profit de son frère Robert. Henri doit faire face à des révoltes nobiliaires et à la montée en puissance du duc de Normandie Guillaume le Bâtard, qu'il combat sans succès à Mortemer (1054) et Varaville (1057).
Henri Ier épouse en secondes noces Anne de Kiev, fille du grand-prince de Russie, témoignant des liens diplomatiques étendus malgré la faiblesse relative du royaume. Anne apporte une dot en manuscrits et joue un rôle important après la mort de son mari.
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Philippe Ier, un règne de consolidation
Philippe Ier (1060-1108) a sept ans à la mort de son père. La régence est assurée par sa mère Anne de Kiev puis par son oncle Baudouin V de Flandre. Le long règne de Philippe Ier (48 ans) voit une consolidation du pouvoir royal, malgré des conflits répétés avec l'Église.
Philippe Ier acquiert le Gâtinais (1068), le Vexin français (1077) et la vicomté de Bourges (1101), augmentant significativement le domaine royal. Sa politique consiste à jouer les rivalités entre ses vassaux plutôt qu'à les affronter directement.
Le règne est marqué par le conflit avec le duc de Normandie Guillaume le Conquérant, devenu roi d'Angleterre en 1066. Philippe soutient les ennemis de Guillaume et de ses successeurs, cherchant à limiter l'expansion normande.
Les relations avec l'Église sont tendues. Le roi est excommunié plusieurs fois pour son union avec Bertrade de Montfort, épouse qu'il a enlevée au comte d'Anjou. Ce conflit affaiblit le prestige royal mais n'empêche pas Philippe de gouverner effectivement.
Le règne de Philippe Ier voit également la première croisade (1095-1099), prêchée par le pape Urbain II à Clermont. Philippe, excommunié, ne peut participer, mais de nombreux seigneurs français partent libérer Jérusalem sous la conduite de Godefroy de Bouillon.
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La société au temps des premiers Capétiens
La société des Xe-XIe siècles est profondément féodale. La pyramide féodale organise les relations entre seigneurs et vassaux : chaque vassal prête hommage à son suzerain et lui doit fidélité et service militaire, en échange d'un fief (terre ou charge).
Le roi est au sommet de cette pyramide, mais son autorité effective est limitée. Les grands feudataires (ducs, comtes) sont souvent plus puissants que lui. Le roi n'a de pouvoir direct que sur son domaine royal, territoire qu'il administre personnellement.
L'Église joue un rôle fondamental. Elle sacre le roi, lui conférant une dimension sacrée. Les évêques et abbés sont souvent conseillers royaux. Les monastères (Cluny, fondé en 910) sont des centres de prière, de culture et d'économie.
L'économie est essentiellement rurale. Les paysans, libres ou serfs, cultivent les terres des seigneurs et leur versent des redevances. Les villes sont peu nombreuses et modestes, mais commencent à se développer, notamment Paris, qui s'affirme comme capitale royale.
La Paix de Dieu et la Trêve de Dieu, mouvements lancés par l'Église, tentent de limiter la violence seigneuriale en protégeant certains groupes (clercs, paysans, marchands) et en interdisant les combats certains jours (du mercredi soir au lundi matin, durant l'Avent et le Carême).
Pour approfondir le sujet
Voir toutHistoire de France
Jules Michelet
Les Rois de France
Georges Bordonove
La Révolution française
François Furet
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Informations
Période
987 - 1108
Nombre de mots
4,500
Temps de lecture
18 minutes
Sommaire
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